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[Test] Beyond Good & Evil : Un jeu marquant, trop peu connu

Publié par le 24 mars 2014

Beyond Good and Evil (Abrégeons en BGE) est un jeu, publié en 2003, qui a marqué une large communauté de joueur, par son univers, sa direction artistique et son gameplay varié. Avant toutes choses, je tiens à préciser que BGE est pour moi une perle rare. Un jeu avec d’immenses qualités, et tant pis s’il a des défauts, on pardonne! Un peu comme votre petit cousin qui vous les brise de temps en temps, mais sa bouille ronde et son innocence vous pousse à l’aimer de façon inconditionnelle. Si vous n’avez jamais eu de cousin, je vous propose un brin d’imagination.

Une précision tout de même, les partis pris artistiques et en terme de gameplay, outre les réels défauts de ce titre, sont sujet à un jugement purement subjectif et peuvent déplaire. Une patte graphique un peu « cartoon » et un gameplay aussi changeant peuvent rebuter.

Un papa aux petits soins

Commençons donc par le père : Michel Ancel, chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres depuis le 13 mars 2006, aux côtés de Shigeru Myamoto et Frederick Raynal, s’il vous plait!

Dire que c’est un game designer serait très certainement réducteur tant son travail ne s’est pas limité, que ce soit dans les Raymans ou dans BGE, à la simple élaboration d’un jeu, mais bien d’un univers et d’une direction artistique originale, inspirée, et, pardonnez mon enthousiasme, belle! Promoteur d’une « french touch » toute particulière (rappelons qu’il est chez Ubisoft Montpellier, bien loin des moyens et de la popularité de son homologue canadien), il a réussi par sa créativité à réunir une très large communauté de fan. Le travail de cet homme vous pousse à vous demander si le jeu vidéo est un simple loisir, auquel on s’adonne durant notre temps libre, ou un véritable produit culturel, un univers dans lequel on prend plaisir à retourner de temps à autre, à la manière d’un bon film ou livre dans lequel on replongerais bien. Et après quelques heures sur ses jeux, la réponse s’impose d’elle même : c’est un artiste et par définition, ce jeu est une oeuvre d’art. Et après 3 ans de développement, il met au monde un réel chef d’oeuvre vidéo ludique.

Un univers simple, mais enchanteur

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Notre héroïne, Jade.

Parlons du jeu maintenant! Vous incarnez Jade, une jeune femme reporter aux cheveux courts et au rouge à lèvre vert. On saluera tout d’abord la prise de risque, premièrement de nous faire jouer une femme, ensuite de l’avoir doté de caractéristiques physiques masculines. Je m’explique. Malgré l’évolution récente des mœurs, le public vidéo ludique est en majorité constitué d’homme, voire de jeunes hommes. Ayant moi même joué à BGE la première fois entre 12 et 14 ans, j’aurais très bien pu être rebuté par le fait d’incarner une femme. Tout comme il sera plus difficile à un homme blanc de s’identifier à un personnage noir. J’entends d’ici des « sexiste! » ou des « raciste! », mais non, c’est un simple état de fait. Prenons l’exemple d’Harry Potter : Ceux de ma génération ayant connu, et aimé cette série de livre ont grandit avec le héro. Au fil des tomes, le ton général évolue, ce bon vieux Harry grandit, passant de l’enfance à l’âge adulte en passant par l’adolescence. Le lecteur peut alors s’identifier aux protagonistes tout au long de l’histoire pour la simple raison qu’ils sont toujours dans la même tranche d’âge. Quelqu’un n’ayant jamais connu la saga étant jeune, s’identifiera beaucoup moins bien aux protagonistes alors âgés de seulement 11 ans. Il y a bien les Tomb Raider me direz vous, et là, on en arrive au deuxième point : Soyons honnêtes, à la vue de la plastique avantageuse de Lara Croft, il est évident que la cible première n’est pas un public féministe… A contrario, Jade est habillée d’un jean, de manches longues et de cheveux courts. Elle est presque asexuée. L’immersion est donc plus simple, et en prenant du recul, on est heureux qu’Ancel n’ai pas eu dans l’idée d’en faire une héroïne racoleuse.

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Un plan superbe

Mais laissons là ces considérations et passons aux choses sérieuses. Nul présentations longuettes, remerciements aux investisseurs ou autre, à peine le bouton « nouvelle partie » enfoncé on nous montre un journal TV avec un présentateur lambda. En une dizaines de secondes, les principales informations du scénario sont donnés : un armada extraterrestre, les « DomZ », attaque une planète minière, « Hillys », et un général des « Sections Alpha » fait une annonce. Simple, efficace, on comprend tout de suite que nous somme dans un univers de science fiction, que les méchants DomZ veulent tuer les hillyens, et que les Sections Alpha essaient de défendre la populace. Le scénario n’est pas des plus original mais vous fera tout de même vivre des moments de rire, de surprise, et pour les plus sensibles, de larmes. S’en suit une musique aux influences asiatiques, un plan magnifique de couché de soleil, le cri des mouettes, la nature, la mer, et l’héroïne faisant du tai-chi… Et BIM une attaque. Deux combats plus tard, une cinématique nous montre ces fameux défenseurs, et on comprend très vite que vu la tronche qu’ils se paient, ils sont surement pas si sympathiques que ça. Ca rappelle évidemment le méchant militaire de « Avatar » ; ils ont l’air d’être de ton côté, mais au vu de la combinaison intégrale noire et de la bombonne de gaz verte dans le dos, ils vont surement te la faire à l’envers. Après un évanouissement, Jade se réveille dans le refuge pour enfant (un phare) et un logiciel avec un fort accent espagnol nous dit que pour remettre en marche le bouclier de défense il faut de la thune, il a un plan! Et là on touche à ce qui fait toute la magie de ce jeu. En effet le moyen le plus rapide et le plus rentable pour se faire des « unités » est de photographier toute la faune d’Hyllis, pour ensuite envoyer les clichés au recensement des espèces. Idée saugrenue au premier abord mais qui se révèle d’une extrême jouissance tant il faut fouiller, explorer et parfois faire preuve d’ingéniosité pour trouver, dans le monde ouvert mis à disposition, les plus grosses et les plus petites bestioles peuplant cet univers d’une rare beauté. Evidemment, la rareté à un prix et les clichés d’animaux les plus rares ou les plus difficiles à trouver seront récompensés par une forte somme d’argent. Si la monnaie du jeu est relativement facile à obtenir, elle devient alors une sorte de score et la rétribution n’est alors plus seulement matérielle mais purement ludique. « Gotta catch’em all! » comme disait l’autre.

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Des décors variés

Les bases sont posées et après un rapide tour chez des rhinocéros rastas garagistes (oui oui) avec l’oncle Pey’j, un homme-cochon (oui oui), on se lance à bord de l’hovercraft (pouvant naviguer sur terre comme sur mer) sur les eaux environnantes. Se proposent à nous, non pas des quêtes, mais des « activités annexes ». Car aucun PNJ ne vous dira « Vas donc châtier ces pillards dans la grotte au sud est, j’ai mis un marqueur sur ta carte« . Non, c’est en vous baladant que vous trouverez la dite grotte, et s’en suivra une séquence de course ou il faudra les rattraper à bord de votre véhicule. Personne ne vous dit quoi faire, mais sans savoir pourquoi vous comprenez très vite qu’il y des tas de choses plus ou moins cachés, des petites séquences de gameplay facultatives que vous serez toujours heureux de trouver par vous même.

Graphismes originaux et bande son soignée

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Plein gaz, ou on y passe!

Le design cartoon général peut rebuter les amateurs de graphismes photo-réalistes, et on laissera ce détail à l’appréciation de chacun. Mais d’après moi, l’histoire conté, les personnages, leur caractère, et même le fait de devoir photographier moult bestioles, pousse forcément à ce genre de direction artistique. En plongeant dans ce monde on accepte volontiers le « what the fuck » ambiant et il aurait été extrêmement difficile de créer des ambiances aussi immersives (et surtout à l’époque) avec une patte graphique plus conventionnelle. Sans compter que le jeu n’a pas tant vieilli que ça en terme d’image, contrairement à certaines productions moins âgées. Regardez des screenshots de GTA : San Andreas, plus jeune que BGE de près de 2 ans…

Tout cet univers est accompagné par une bande son très soigné, qui sait se diversifier et n’hésite pas à proposer de réels morceaux, parfois chantés. On rencontre donc de la musique très calme, presque mélancolique, du reggae , des influences espagnoles durant les course en hovercraft et des thèmes moins marquant mais toujours de bon ton durant les phases d’infiltration ou de combat. Je vous conseille d’ailleurs très sincèrement certains morceaux comme « Funky Akuda Bar« , « Mammago’s‘ », « Propaganda« , « Safari » pour les meilleurs. Mais je vous encourage tout de même fortement d’écouter l’OST complet!

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Des personnages hauts en couleur

Enfin on nous propose des dialogues soigné, parfois drôles, portés par des doublages de qualité, chose plutôt rare. On remarque d’ailleurs de nombreuses blagues et jeux de mots (surtout venant de « Pey’j ») qui nous font dire que les dialogues ne sont pas une traduction bancale d’une version anglophone, mais bien une pure création française, avec sa façon de raconter, de parler, et de faire de l’humour. Chauvin? Un tantinet. Mais tous ceux ayant joué à BGE se rappellerons de la fameuse page 823 du manuel de Carlson et Peter. « O.C.P.L.B. m’oizelle Jade! »

Un Gameplay varié

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Il faut photographier et analyser les plans des environs pour les avoir sur la map.

Une des caractéristiques majeures de ce titre est que les expériences de gameplay proposés sont nombreuses et, comme le suggère le titre, diverses. Allant de l’infiltration à de la course et des combat en hovercraft, en passant par de rapide phases de shoot, de réfléxion, d’action, de plateforme… et même de combat spatial! Sans compter plusieurs mini-jeux, comme un jeu de palet ou un excellent jeux de scrolling ou il faut contrôler deux perles en même temps (gameplay très intéressant et original, sans parler de la difficulté bien relevée). Bien sûr un tel foisonnement implique que chacun de ces bouts de gameplay ne pousse pas le concept dans ses derniers retranchements. Pour les phases d’infiltration, on est pas sur du Hitman, et pour l’action, très loin d’un beat’em all à la God of War, etc… Mais soyez rassurés, l’ingéniosité du level design rattrape tout de même ces faiblesses. Et même vous arrachera un petit « Haaaaa » sur certains passages (véridique!). La difficulté n’est pas non plus à son maximum, vous ne verrez d’ailleurs pas souvent le game over avant les dernières heures de jeu, à moins d’être franchement mauvais. On regrettera sûrement l’absence de compatibilité manette sur la version PC, même si le couple clavier/souris s’en sort très bien.

Concernant l’IA… Simple et efficace. Les gardes ont plusieurs degré de méfiance (1-quoi? 2-Je vais voir! 3-Je te pète tes dents!), rien à redire, surtout qu’aucune mécanique de jeu complexe comme la distraction, ou le déguisement met en péril ce comportement. Vous aurez quasiment durant toute l’aventure un compagnon et on est en droit de se demander s’il est aussi lourd et maladroit que dans d’autres jeux. Et bien non! Heureusement notre acolyte ne se met jamais en travers de chemin, et ils ont même eu la bonne idée de le laisser en arrière pour l’infiltration. Les combats étant un peu brouillons il se prendra de temps à autre un coup de bâton, mais rien de grave. Certains ennemis pourront être envoyés en l’air grâce à une de ses techniques (simple pression d’une touche), ce qui permettra de les envoyé dans des trous ou contre des barrières. Là encore, de bonnes idées, mais la simplicité permet d’éviter certains défauts inhérents aux genres de jeux évoqués.

Ce qui amène un premier problème pour le joueur : est ce qu’un joueur lambda peut se laisser tenter par autant de phases différentes dans un jeu sans jamais approfondir le sujet? Ce point reste à l’appréciation de chacun et ne peut être soumit qu’à un jugement personnel et subjectif. De mon point de vue, c’est une qualité exceptionnelle pour un jeu de mélanger les expériences ludiques, le tout de façon cohérente, dans un univers lui aussi cohérent.

Deux gros défauts

Le pire ennemi du jeu : la caméra

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Caméra ici bien employée… Pas toujours le cas

Vous vous rappelez quand je parlais du petit cousin chiant? Et bien le voilà en pleine forme, gavé de sucreries. Comme beaucoup de jeux en 3D de cette époque, les mouvements de caméra sont laborieux, imprécis, et parfois même vous tuent! Des tremblement incontrôlés durant certaines phases d’hovercraft vous feront revivre vos meilleurs lendemain de cuite, et vous maudirez le champs de vision imprécis qui vous enverra directement devant des gardes durant les phases d’infiltration. De plus certaines scènes forceront sans prévenir une caméra fixe pas forcément adaptée, et en changeant la perspective, changera aussi la direction prise par Jade. Rageante par moment, c’est indubitablement elle qui vous qui vous fera hésiter à lâcher un bon Alt+F4 après 2h de jeu. Hésiter seulement!

La durée de vie

En effet, et je l’avoue avec une larme à l’œil (c’est une image bien sûr), la durée de vie du soft est bien trop courte. Comptez entre 6h et 8h pour en voir le bout. Bien sûr si votre objectif est le 100% ( toute la faune photographiée, toutes les perles, les Mdisks, les records aux courses, etc…) vous passerez quelques heure de plus sur Hillys, mais ne vous attendez pas à du Skyrim. Je pourrais malgré tout, avec un soupçon de mauvaise foi, dire que la déception d’avoir finit prouve simplement que l’aventure était exceptionnelle!

Conclusion

Un univers unique et envoûtant, c’est ça qu’on retiendra et qui a marqué les esprits de tant de joueurs. Une histoire écrite et racontée avec brio par un très grand du jeu vidéo français, portée par une bande son d’exception, et des graphismes qui flattent encore la rétine 10 ans plus tard. Les faiblesses de ce titre sont réelles, mais plus le temps passe et plus les mauvais souvenirs s’effacent pour ne laisser que l’image merveilleuse des paysages d’Hillys, sublimée d’un effet « Madeleine de Proust » très intense, pour les plus nostalgiques. Mon très cher Ancel, c’est en tant que fan absolu de votre travail que vous le demande, que dis-je, que je vous en supplie : sortez donc le deuxième opus!

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