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Les notes

Publié par le 11 juillet 2014

Le jeu vidéo se doit aujourd’hui d’être noté, quel que soit le genre. Et tout le monde y va de son analyse. La grande majorité des sites spécialisés le font, de façon honnête ou non d’ailleurs. Toute cette population d’auteurs en herbe (dont nous font plus ou moins partie) aime donner son avis, sa critique sur l’oeuvre/produit qu’il a dans les mains.

Mais le lecteur n’a pas forcément envie de se taper deux pages expliquant le pourquoi du comment, surtout qu’il a sûrement vu toutes les vidéos de gameplay, trailers et autres bien avant la sortie du jeu. La question qu’il se pose avant de passer du temps sur un jeux c’est : « worth it ou pas? ». les nombres sont un langage universel dit on, alors quoi de mieux qu’une note pour répondre à ça?

Une échelle simple, sur 10, 20, 100, le lecteur choisis. Si un gars de chez JV.com pond un test disant qu’un jeux est merveilleux en finissant par 11/20, c’est bien la note qu’on retiendra.

Mais est ce une bonne chose? Est ce normal? Et bien comme d’habitude : oui et non.

Oui

Une aide à l’achat

Joypad

Avant l’essor d’internet, le seul moyen de s’informer

En effet, Je peux bien dire ce que je veux, à la sortie jeu, petite, moyenne ou grosse production, mon premier reflexe est d’aller voir les notes. On sort à peine des soldes steam, et quand je vois un Deadlight à 2.50€, je vais d’abord voir ce que la presse en pense. Ce n’est pas que je ne puisse me permettre l’investissement, mais ce jeu n’est alors pas le seul à retenir mon attention. Et après un rapide tour d’horizon où je ne regarde que les notes, je considère que ça les vaut, et pouf, j’achète. Sans cette notation généralisée, l’achat se ferait totalement à l’aveuglette. Certains (pas moi) se rappellerons de l’époque où il fallait acheter des magazines pour s’informer, et où l’on se faisait avoir par une jaquette racoleuse.

Un produit de masse

Deuxièmement, il ne faut pas oublier que le Jeu vidéo est aussi un produit de masse, où il faut éditer et vendre un nombre conséquent de galette (aujourd’hui on parlerait plus de clé CD, m’enfin). Et ce, non plus à un public de niche, mais à une masse de joueur qui ne prend pas forcément la peine d’être informée sur le blockbuster qu’il attend. Même si beaucoup ne serait pas d’accord avec moi, j’aime comparé le jeu vidéo à l’industrie du cinéma, et s’il on peut parler de « 7ème Art », de prix en tout genre, le cinéma est globalement un produit de masse, noté lui aussi. Avant de regarder un film, nombreux sont ceux qui vont avant tout voir les notes sur des sites comme Allociné. Comme évoqué plus haut, quand il s’agit de toucher le plus grand nombre, les chiffres sont bien plus directs et parlants que les mots.

Alors oui, les notes apportent une aide indéniable, et au final, une évolution logique et incontestable de la presse spécialisée. Mais qu’en est il du revers de la médaille?

Non

Un produit culturel

Le plus grand paradoxe du jeu vidéo, d’après moi, c’est qu’il est à la fois un produit de consommation, et un produit culturel. Et se pose la question suivante : peut on noter, juger, de façon tout à fait impartiale une oeuvre? Quand je vais dans un musée d’art moderne (rassurez vous, c’est une supposition) et que je tombe devant un monochrome, ma première réaction sera de juger ça comme étant complètement sans intérêt. Si l’on devait transposer, je ne comprendrais pas le but d’un jeu se limitant au menu principal. Pourtant, cette toile est là, au milieu d’une exposition dont je ne comprend pas le sens. D’un point de vue différent, toutes ces absurdités peuvent évoquer des concepts abstraits et profonds dont je n’ai même pas conscience. pour le jeu, dans les grandes lignes, c’est la même chose. Des amateurs de grosse mise en scène, de gameplay accessible, et de graphismes soignés vont adoré des CoD, Uncharted et autres, qui sont objectivement de mauvais jeux, mais de bons divertissements, à la manière d’un blockbuster Hollywoodien.

proteus

Proteus, un bel ovni

Prenons l’exemple de Proteus. Vous apparaissez sur une plage, au loin se découpe la silhouette d’une île. Pas de didacticiel, pas de voix off, pas l’ombre d’un scénario. On évolue juste dans un monde onirique, sans but précis, peuplé de créatures inoffensives qui font des petits bruits quand ils bougent.

Bouillie de pixel, durée de vie ridicule, gameplay inexistant, ennuiemortel : 02/20.

Relaxant, Bande son soignée, enchanteur, original, beau : 16/20.

Chacun son avis, et dans tout les cas, personne ne peut donner tort à l’une ou l’autre de ces appréciations. La note n’est alors en aucun cas représentative de l’expérience que se fera le joueur.

Autre exemple : Bioshock Infinite. Quelqu’un n’ayant jamais touché aux premiers pourra adorer l’ambiance du titre, les grands espaces, les pouvoirs, etc… Mais quelqu’un ayant passé des heures dans les couloirs sombres de Rapture, le changement de ton et d’ambiance peut très bien le rebuter. Doit on alors juger un jeu par rapport à ses prédécesseurs? Doit il s’inscrire dans cette lignée ou doit on le prendre à part?

Autant de raisons qui rendent les notes finalement peu fiables.

Des impératifs financiers évidents

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Un jeu moyen largement surcoté

De plus, certains sites, risquent (et le font) de publier des tests trop rapidement. En effet, quand un jeu très attendu sort, si JV.com publie un test 3 semaines après GameKult, ça le fait pas trop. Il est alors impératif de sortir son test le plus rapidement possible, puisque c’est celui là qui attirera le plus de visiteurs. Et pour des raisons purement économiques, nombre de test se retrouvent rédigés dans l’empressement et sans avoir le recul nécessaire pour donner un avis objectif.

Et sans vouloir rentrer dans les polémiques, il est évident que certains sites dépendent d’éditeurs pour fonctionner. En effet ce sont eux qui fournissent les informations que la presse va relayer, mais l’inverse est vrai, c’est en grande partie la presse qui fera vendre un jeu. Sans parler bien sur des partenariats publicitaires…

Et se posent alors deux problèmes :

Il y a là un conflit d’intérêt réel. Comment croire un site notant un jeu 19/20 alors qu’à 10 cm de distance il y une pub pour l’éditeur concerné.

-Si ce conflit existe c’est parce que l’influence de ces sites sur les ventes est énorme. un jeu sous-noté se vendra beaucoup moins, à l’inverse d’un jeu surnoté, quelque soit la réelle valeur de ce dernier.

Cette influence donne un grand pouvoir à la presse spécialisée, et comme l’Histoire le montre, donner trop de pouvoir à des êtres humains donne rarement quelque chose de grandiose… D’où des écarts de notes monstrueux entre presse et joueurs (regardez donc le test de Black Ops 2 sur JV.com : 17/20 pour le test, 8/20 pour les joueurs).

Tout ça montre que les notes ne peuvent pas constituer un moyen fiable de s’informer sur la qualité d’un jeu, et que souvent il vaut mieux essayer avant d’acheter.

Faire autrement

Mais critiquer sans rien proposer n’a pas de sens, alors comment faire autrement ?

Avant tout je tiens à dire que je ne compte pas révolutionner le système de notation, ou faire changer les mentalités. Juste donner ma vision des choses.

  1. Noter sur de plus petites échelles, de 1 à 5 par exemple. Sur JV.com AC3 est noté 18 alors qu’AC4, seulement 16. Qu’est ce qui justifie cet écart? C’est pourtant triste, AC3 n’offre rien, aucun level design, un open wold vide, et un gameplay monotouche. AC4 n’est lui pas en reste coté défaut, mais au moins, on ne s’ennuie pas, il y a pleins de choses à faire, et on ressent tout de même un effort sur le level design des quêtes secondaires. En tout point, AC4 est un meilleur jeu que son prédécesseur, mais malgré ça, il est moins bien noté. Autre exemple : le 19/20 de Dishonored. Objectivement, ce jeu est excellent, mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Les partis pris sont réels et beaucoup de joueur se sont retrouvés avec une expérience qui ne leur correspondait pas. Un système de notation moins large permettrait une analyse moins péremptoire. Et forcerait les lecteurs à pousser un peu plus loin la recherche d’information, avant de foncer tête baissée dans un mur.
  2. Toujours donner une appréciation sur des domaines précis et séparer certains comme la technique de la direction artistique, ou l’écriture du scénario. Et toujours donner les plus et les moins dans chaque domaine. Reprenons l’exemple de Dishonored. La technique est tout de même faiblarde, les modèles ne sont que peu détaillés. Mais derrière ça, la direction artistique est très originale, et le coté aquarelle donne une impression de crasse intéressante. Certains apprécieront la DA, d’autre y voient peu d’importance. De même pour le scénario. The Stanley Parable offre une excellente écriture, mais il n’y a pas de réel histoire.
  3. Accompagner les notes des + et des -. Oui, certains le font déjà, mais pas tous. Dans le cas de JV.com par exemple, ils ont sacrifié les analyses sur les graphismes/durée de vie et autre pour mettre des + et des -… Grosse erreur d’après moi.
  4. Séparer les notes des modes multi et solo. Beaucoup de joueurs ne sont intéressé que par l’un ou l’autre. Les campagnes des FPS grand public d’aujourd’hui sont très courtes et dénuées de substance. Normal me direz vous, ils se concentrent sur le multi. Certes, mais quand je vois sur le test de Black Ops 2 une durée de vie notée à 17/20, ça peut être trompeur, sachant que la campagne ne dure qu’entre 5 et 7 heures !
  5. Donner plus d’importance aux notes données par les joueurs. Avec plus de 1000 avis, certains jeux atteignent une moyenne qu’on pourrait qualifier d’acceptable. Il faudrait alors pouvoir mettre au même niveau cette moyenne et la note donné par le site. Cela pourrait ainsi pousser les testeurs à être plus honnêtes dans leurs écrits, craignant une trop grosse différence qui serait d’autant plus visible.
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CoD Ghost : certainement le test le moins objectif que j’ai pu lire

Conseils

En conclusion j’aimerais donner certains conseils aux lecteurs :

  1. Toujours rester sur ses gardes concernant les AAA. C’est sur ces jeux que les notes sont les moins honnêtes. (cf. Watch Dogs/Assassin’s Creed/Call of Duty)
  2. Lire les avis positifs ET négatifs sur les jeux. Tout en prenant le recul nécessaire pour faire la part des choses entre les avis constructifs et les kikoo « c un je nul, c tou moche. ».
  3. Les notes concernant les jeux indépendants sont justes dans la plupart des cas. Mais il faudra toujours vérifier que le genre vous correspond. N’ayant pas d’impératifs éditoriaux, ces jeux sortent souvent du lot et proposent une expérience qui cible un public de niche.

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